Le 49.3

De François Ruffin :

Elisabeth Borne a donc, sans surprise, dégainé le 49.3. Contre quoi ? Contre une majorité qui s’est trouvé, de bric et de broc, dans l’Assemblée, dans la diversité, pour voter la fin de l’Exit tax. Pour voter la demi-part fiscale pour les veuves d’anciens combattants. Pour voter un crédit d’impôt pour les personnes âgées hébergées en Ehpad. Pour voter les frais kilométriques des bénévoles. Pour voter, surtout, initiée par les centristes du Modem, une taxe sur les super-dividendes.

C’était, sur tous ces amendements, une majorité de bon sens. Je dirais même : une majorité de décence…

Inquiétude pour l’emploi chez Corning

Quatre des cinq fours de l’entreprise de Corning pourraient être fermés cet hiver à cause du prix de l’énergie. Si la direction n’a pas confirmé, les salariés, qui risquent d’être en chômage partiel, sont très inquiets pour l’avenir du site.

Purple Hearts

En vieillissant, je dois me ramollir : sur Netflix, je suis tombé sur Purple Hearts (Nos Cœurs Meurtris, en français), dans la série Films romantiques. Ce film m’a littéralement retourné… les actrices et acteurs sont beaux et bons, l’histoire formidable. De plus, la musique et les chansons chantées par l’héroïne du film (Sophia Carson) sont superbes. Je n’arrête pas de le regarder en boucle (une quinzaine de fois) et j’ai téléchargé la playlist du film. J’ai honte, mais tant pis ...

 

Retraites : un Président ne devrait pas faire ça

François RUFFIN :

Un Président élu par défaut ne devrait pas, dans un pays exténué, déprimé, bricoler une retraite à 64 ans avec une ambition de comptable.

« Emmanuel Macron veut relancer sa réforme des retraites coûte que coûte », titre Le Monde. « Pour retrouver une dynamique politique et renouer avec son ambition réformatrice, le chef de l’Etat souhaite que la réforme des retraites entre en vigueur dès l’été 2023, malgré l’opposition des syndicats… Soucieux d’aller vite, le chef de l’Etat n’exclut pas d’insérer la réforme des retraites dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) cet automne… »

Je le dis, avec gravité, avec une solennité à laquelle je ne suis pas habitué, je le dis pour mon pays : c’est une folie. Les Français sont sortis déprimés, exténués, exaspérés, de la longue crise du Covid. Que nous avons enchaînée avec la guerre en Ukraine et ses conséquences sur les prix, l’inflation galopante, les découverts bancaires, les salaires qui ne suivent pas.Au printemps, Emmanuel Macron n’est réélu que par défaut, sans campagne et sans enthousiasme. Il ne trouve, à l’Assemblée, qu’une majorité de raccroc, avec une assise incertaine : dans mon département, la Somme, plus de la moitié de ses candidats n’ont même pas atteint le second tour ! Le Rassemblement national prospère comme jamais, aux aguets, dans une France divisée.

L’été fut marqué par les méga-feux chez nous, par la sécheresse, par un réchauffement palpable. Et l’hiver se profile avec des coupures d’électricité, du rationnement, l’explosion des factures.

C’est dans ce climat, dans ces temps d’inquiétude, sociale, géopolitique, écologique, que le chef de l’Etat envisage sa réforme des retraites, une mesure qu’il sait, massivement, très massivement, impopulaire. Sérieusement, c’est ça, sa priorité ? C’est l’urgence, l’équilibre des comptes à l’horizon je ne sais pas trop combien ? C’est un impératif que d’avoir, en plus, des grèves, des manifestations ?

Je ne prédis aucun mouvement géant. On verra bien. Nul n’est prophète en la matière. Et il est fort possible que la force de résignation l’emporte, au final, sur une colère sans espérance.

Mais même si ça passe.

Même si ça passe sans trop de dégâts apparents.

Même si ça passe vite fait par de petits amendements.

Ne pas croire que ça ne laissera pas de trace, durablement, dans le cœur des gens, dans l’âme de salariés qui, très concrètement, le corps usé, l’esprit fatigué, verront leur retraite attendue reculer encore. Ne pas croire que, à agir ainsi, hors démocratie, on n’aiguise pas un peu plus le sentiment d’injustice, on ne nourrisse pas en souterrain le ressentiment. Et je sais, moi, quel en sera le débouché.

C’est stupide.

C’est dangereux.

Mais si Monsieur Macron veut « renouer avec son ambition réformatrice », c’est pas en bricolant une retraite à 64 ans. Quelle « ambition » y a-t-il à ça ? Une ambition de comptable. Non : que son « ambition réformatrice », il la mette au service du plus formidable et du plus terrible défi que l’Humanité ait eu à affronter : le changement climatique.