Une année de Galère

DÉCEMBRE 2005 :

  • Une bonne nouvelle
Ça y est, moi aussi, j’ai cette merde.
Oh! rien de bien méchant.
Juste une lésion cancéreuse au niveau du rectum.
En attendant, je me croyais à l’abri de ce truc.
C’est vrai quoi, pas d’excès.
J’ai jamais touché une cigarette, de d’alcool juste aux périodes de fêtes, sinon que de l’eau, du jogging, entre 30 et 50 kms par semaine.
Je pensais bêtement être peinard de ce côté là.
Et ben non.
Tu parles d’un cadeau de Noël.

  • Réaction
D’avoir ce truc me fait un drôle d’effet.
Au début, je me dis que je vais me réveiller, que ce n’est simplement qu’un mauvais rêve.
Je regarde les gens avec envie.
Je me dis qu’ils ont de la chance d’être en bonne santé. Surtout les sportifs.
Il y a quelque temps, j’étais parmi eux.
Quand je croise quelqu’un, j’aurais envie de lui dire : J’ai un cancer.
C’est complètement con, et alors ? tu crois que t’es tout seul …
En plus, j’ai pas à me plaindre, je vais guérir.
Un traitement rayons-chimio dans un premier temps, puis opération pour ôter cette merde, pour finir.
Ce qui m’ennuie le plus, la dedans, c’est de faire vivre ça à ma femme et mes enfants.
Ils sont jeunes, et la vie est suffisamment merdique pour ne pas en rajouter.
J’espère qu’ils continuent à vivre leurs vies, du moins c’est l’impression que j’en ai.

JANVIER 2006 :

  • Ca cogite dur
J’ai 5 semaines de traitement, de la radiothérapie, avec en plus la première et dernière semaine, la chimio.
Il parait que ça fout à plat.
De toutes façons, j’ai de quoi me reposer.
J’ai pas trop le moral.
Certainement le fait de ne plus travailler.
J’ai l’impression d’être un gros fainéant qui se laisse vivre, d’être à la charge de ma famille.
Je sais, c’est con, mais c’est mon sentiment.

FÉVRIER 2006 :

  • C’est parti pour les traitements  
C’est vrai que c’est crevant la chimio et les rayons.
Par contre, je supporte pas trop mal.
Pas d’effet secondaires.
Je ne prends même pas les médicaments prescrits.
Que c’est long, 5 semaines.
J’aimerais que le temps passe plus vite, d’autant que le plus dur reste à venir : l’opération.
Je voudrais déjà y être.
Donnez moi une gomme à effacer le temps.
  • Les collègues de boulot
Un collègue de travail est passé me voir. Plaisir.
La vie continue. En fin de compte, nous ne sommes pas grand chose.
A moins d’être super important, et encore, je ne suis pas sur.
La semaine prochaine, la dernière, rayons et chimio, puis quelques jours de repos.

MARS 2006 :

  • Dernière semaine de traitement
C’est reparti, rayons et chimio.
Concernant la chimio, j’ai la tétine comme on appelle.
C’est une sorte de grosse seringue qui t’injecte la purée pendant 24 H.
Bonjour pour te laver et dormir avec ce machin.
Tant pis, 5 jours sans se laver, c’est pas si terrible… Mais non, je plaisante, ça va pas non ? tu me vois après, à la radio, quand je retire le pantalon : plus une mouche, plus un moustique… tiens ça pourrais être la solution contre le chick à la réunion (ok, ce n’est pas de très bon goût, je retire).
Je suis quand même à plat.
Un collègue de travail est passé me voir.
Il m’a fait plaisir.
Je l’aime bien celui là. Il est gentil.
Lui aussi a eu des problèmes dans la vie.
Les emmerdes, ça rapproche.
  • Fin des traitements
Ça y est, les traitements sont terminés.
Il était temps. Je suis à plat.
Maintenant, 4 semaines de repos. Je vais en avoir besoin.
Moi je pensais à 2 semaines environ.
Quand j’ai dis ça au cancérologue, elle a eu un large sourire du genre « tu rigoles mon petit vieux ».
Ca va être long.
Heureusement, j’ai ma femme à la maison.
Au niveau du moral, elle m’aide énormément.
Elle est vraiment super.
J’ai vraiment du bol d’avoir une femme comme elle.
C’est bien.
Un collègue de travail est passé.
Çà me fait plaisir les visites.
Ce qui est marrant, c’est que le tri des gens qui t’estiment bien, ou qui ont de l’éducation, tout simplement, se fait naturellement dans des situations comme celle-ci.
J’ai des visites, des coups de téléphone de certains, et les autres … ils doivent être débordés de travail, ils n’ont pas le temps.
Enfin, tout cela n’est pas bien grave : ON NE PEUT PAS PLAIRE A TOUT LE MONDE
Bon, maintenant repos.
  • Et j’attends …
Que c’est long…
Je n’ai vraiment pas l’habitude de rester à la maison, des semaines entières de cette façon.
Enfin, ça bouge de nouveau : ce matin, je suis allé passer à nouveau un scanner et mardi, je vois le chirurgien : comparaison des 2 scanners pour voir l’amélioration, s’il y a.
Y’a pas de raison.
Des collègues passent me voir ou bien me téléphonent. Ça fait du bien.
Je sais, j’insiste un peu là-dessus, mais pour un vieux con comme moi, ça compte, je fais attention à ce genre de choses.
On ne se refait pas.
En tout cas, côté santé, j’ai l’impression que les choses vont de mieux en mieux.
Vivement mardi pour être fixé.
  • C’est parti …
Ça y est… Ça n’a pas traîné, je rentre à l’hosto dimanche et je suis opéré mardi.
Ça consiste à me virer la partie merdique du rectum et à la remplacer par un morceau sain, en gros, puis il me pose une poche en attendant la cicatrisation.
Entre deux et quatre heures sur le billard.
Quinze jours à 3 semaines d’hospitalisation et 2 mois de convalescence.
Bon, je m’étends pas la-dessus.
Ce qui m’esquinte, c’est que, même quand tu es malade, on te parle de fric.
On te prévient à l’avance.
On te fait signer un devis… ouais, je t’assure… les fameux dépassements d’honoraires.
Malgré tout ce qu’on laisse chaque mois à la sécu, à la mutuelle, et ben on en est encore de notre poche.
Comment ils font ceux qu’on pas une tune ???
Ça devient un beau bordel en France…
En ce moment c’est le CPE, sans parler de toutes les augmentations …
Quelle bande d’enfoirés au gouvernement…
Bon, j’ai trois jours pour me préparer (dans la tête).
J’espère que le chirurgien, il va assurer, que c’est pas un débutant, que je vais pas lui servir de cobaye.
C’est vrai, il est jeune, ça pourrait se faire.
Mais non, je déconne…
Tout à l’heure, il y a la grand-mère de ma femme qui m’a passé un coup de fil pour me souhaiter bonne chance, ça part d’un bon sentiment, mais elle finit en me disant « j’espère que ça va bien se passer ».
Tu parles que ça va bien se passer… je veux même pas imaginer autre chose, ça va pas non ???
Bon je vous quitte, à dans 3 semaines.
"Mon" chirurgien.

« Mon » chirurgien.

MAI 2006:

  • Que ça été dur !!!
C’est  pas 3 semaines que je suis resté, mais 4.
Il y a eu des complications.
Suite à la 1ère intervention, j’ai fait une occlusion, suite à la reprise du transit, résultat, rebelote, opéré une seconde fois, 7 jours plus tard.
Là, ça a été douloureux.
Très dur à supporter, aussi bien physiquement que mentalement.
Heureusement, ma petite femme m’a superbement bien aidé.
Je n’en dirais pas plus.
Mauvais souvenirs.
Enfin bref, j’ai eu droit à une semaine de rab.
  • Retour à la maison
Je suis enfin rentré chez moi.
Une infirmière vient tous les jours, pour faire le pansement.
J’ai un trou dans le bide, et il faut qu’il se referme tout seul, 4 semaines normalement.
Le plus dur, le plus pénible, c’est la poche : c’est assez lourd à gérer.

Au niveau mental aussi : c’est, comment dire, traumatisant.
Je ne sais même pas combien de temps je vais la garder.
De toute façon, je suis parti pour fin Juin minimum.
C’est long.
J’ai aussi du mal à reprendre du poids.
Je mange pas assez.
Faut dire qu’après 3 semaines de perfusion, l’estomac à dû rétrécir.
Il faut dire aussi que je n’ai pas trop d’appétit.
  • Chimio à nouveau
Ça y est, je r’attaque la chimio mercredi.
Deux jours tous les quinze jours.
Le plus pénible, c’est la « tétine » à la sortie du deuxième jour qu’il faut que je garde 2 fois 24h.
Enfin bref, c’est loin d’être fini.
Je sais pas si je pourrais reprendre le boulot pendant ma chimio, surtout avec cette tétine.
En plus, il fait un temps de merde.
J’ai repris un peu de poids.
Pas beaucoup, trois kilos, mais enfin c’est parti.
Il a fallut quand même 4 semaines.
On m’a dit d’être patient.
C’est plus de la patience à ce niveau là… c’est de l’hibernation qu’il faudrait.
Ce qui m’emmerde le plus, c’est que je fais chier tout le monde, enfin mon entourage.
J’arrête pas de cogiter.
J’ai le caberlot qui bouillonne à plein, toujours à ressasser ce truc…
Déjà que j’étais pas bavard.

JUIN 2006 :

  • Contrôle du transit
Une bonne nouvelle : au niveau de la cicatrisation, tout est OK.
Il n’y a pas de fuite…
Ils vont pouvoir me retirer la poche, logiquement à la fin du mois.
Là, je vais y aller en courant à l’hosto.
J’en ai vraiment raz le bol de cette poche.
En plus, la chimio me file la chiasse, je te dis pas, avec la poche…
Plutôt pénible à gérer.
Enfin, il y a pire que moi, faut pas que je me lamente de trop.
Aujourd’hui, 2ème séance de chimio.
Les jours de chimio, je rentre à la maison avec la « tétine ».
Avec la poche, j’en ai plein la poitrine.
Moi qui dormais sur le ventre.
Heureusement que c’est seulement 2 jours tous les 15 jours.
  • Et on recule encore une fois …
Je sors de chez mon toubib.
Il ne retire ma poche qu’au mois de septembre.
A cause de la chimio.
Je vais passer tout l’été avec ce truc sur le ventre.
Ça tient chaud, et je vais même pas pouvoir me baigner.
Enfin, s’il le faut…
J’ai prévenu mon chef, au boulot, qu’il m’attende pas avant le mois de novembre.
Il m’a dit qu’il serait content de me revoir… et moi donc !
Sinon, la journée, je regarde la coupe du monde.
J’ai vu tous les matchs.
Je commence à saturer.
Pauvre France… on ne va pas aller bien loin.

JUILLET 2006:

  • Vive les vacances
C’est bon, on va pouvoir partir en vacances.
15 jours au lieu de 3 semaine, mais c’est toujours ça de pris.
Au niveau prise de sang, tension, poids, moral, tout va bien.
J’ai pas de gros problèmes.
Le toubib dit que je rentre dans la phase de l’acceptation de la maladie.
C’est pour cette raison que le moral est bon.
Moi je veux bien… comme si on avait le choix.
  • La coupe du monde
Je viens de me relire…
…et de me rendre compte que je suis comme la plupart des gens, au sujet de la coupe du monde.
J’ai raconté une grosse connerie.
J’ai dit qu’on irait pas bien loin !!!
Tu parles… Métamorphosés… qu’ils sont, les bleus…
Méconnaissables… et Zizou … on se serait cru en 98… mieux même.
Ce soir, c’est le Portugal.
Même s’ils se font sortir, bien sûr on serait déçu, mais ce qu’ils ont fait …
Supérieur à 98, moi je crois.
Un seul mot : PHÉNOMÉNAL !!!
Par contre les commentaires sur TF1, infernals, infernaux, je sais pas comment on dit.
Mais alors…
A part Wenger.
Gilardi, le pôôôvre…
Il ferait mieux de commenter du golf, de la pêche à la ligne ou je sais pas quoi.
Faut qu’il arrête le foot.
Et Larqué : ATTENTION, ATTENTION, ATTENTION …
1057 fois durant le match.
J’irai pas voir au fond de son slip à la fin du match.
Y a pas plus serein que les bleus, derrière.
Tu te rends compte si Zizou terminait sa carrière en soulevant sa 2ème coupe du monde ?
C’est tout le mal que je lui souhaite.
Et pour les autres aussi bien sûr.
  • Coupe du monde : c’est fini
Et bien voilà, ça s’est terminé en queue de poisson.
Avec les italiens, fallait pas s’attendre à autre chose.
Quand à Zizou, c’est un gars comme tout le monde.
Ca rassure.
Sans excuser son geste, je le comprends.
Prendre des coups à longueur de match, se faire tirer par le maillot…
… et en plus entendre sa famille se faire insulter…
J’en aurais fait autant.
Pour en finir avec ce sujet, bravo les italiens.
  • C’est les vacances 
Je suis « en vacances ».
C’est à dire pas de chimio.
C’est la canicule.
Tu parles de vacances.
A la location, il y a tennis, piscine…
Et je peux rien faire de tout ça.
Et la poche, avec la chaleur, elle me tient chaud.
Je vis vraiment cette année entre parenthèse.
J’attends la fin.
Pas la fin de ma vie, la fin de cette vacherie.
J’espère qu’ils vont pas reculer l’opération encore une fois.
Je commence à perdre patience.
J’ai envie de bouger, de courir, de me baigner, de vivre quoi.
Pour l’instant, j’hiberne…
Je fais rien, j’attends.

AOÛT 2006:

  • Fin des vacances
Terminés, les vacances.
Enfin, c’était plutôt cool.
De plus, j’ai des beaux parents super sympas.
Ils nous dorlotent.
J’ai repris encore 3kg.
10 au total.
J’ai r’attaqué la chimio bille en tête.
Tout de suite dans le bain.
Encore un mois avant de voir mon chirurgien.
Il a changé d’hosto.
Il est à Dammarie les Lys.
Je vais le suivre.
Autant qu’il me « termine ».
De plus, je le trouve super sympa.
Il m’a pourtant foutu la trouille quand j’ai fait l’occlusion.
Mais, apparemment, il a bien rattrapé le truc.
Un seul reproche : bonjour les dépassements d’honoraires… 350€, pour ma pomme.
Bientôt, y a que les riches qui pourront se faire soigner convenablement.
C’est pas que je sois riche, loin de là, mais y a pire, et je les plains.
Bon, je vais continuer à faire ce que je fais tous les jours, c’est-à-dire RIEN.
  • Petit intermède
On est parti rechercher ma fille dans le Périgord pour le 15 Aout.
Ça change les idées.
Je mange comme un cochon.
J’espère que je vais perdre un peu lors de mon opération.
J’ai la forme… et les formes.
Si j’avais pas cette fichue poche…
J’ai rendez-vous avec mon chirurgien le 5 septembre.
Avec mon Oncologue (tu sais pas ce que c’est qu’un oncologue ? cherche dans le dico) le 6.
J’ai eu l’impression que pour la chimio, ça va bientôt se terminer.
Ce n’est qu’une impression, en tout cas, j’ai pas d’effets secondaires et ça c’est bon.
On va repartir 4/5 jours chez le beauf.
Le mois sera vite passé avec tous ces voyages.
On voit du monde, ça fait du bien, j’en oubli ma situation.

SEPTEMBRE 2006 :

  • De bons résultats
Je viens de passer un scanner des poumons et une échographie du thorax.
Tout est nickel chrome.
Des bonnes nouvelles.
Le moral remonte, et ça me permet de patienter dans la tranquillité.
Mais putain que c’est long !!!
C’est la rentrée pour tout le monde, sauf bibi.
J’ai l’impression d’être comme Patrick, dans Camping, un inutile et un bon à rien.
La semaine prochaine, je vois mon chirurgien.
J’espère qu’il va me planifier l’intervention pour la poche.
Si elle n’était pas là, tout serait plus gérable.
Le seul coté positif de la poche, c’est quand les toilettes sont sales, CA N’EST PAS MOI …..
Tu parles d’un humour…
  • Ça vient…
Je viens de voir mon chirurgien.
Faut encore que je fasse des contrôles, scanner, lavement pour voir s’il y a des fuites.
Tout ça pour rétablir la continuité… me virer la poche quoi!
Il va contacter mon Oncologue pour définir une date.
Demain je le vois, mon oncologue.
  • Ça devient bon
Ça y est, j’ai enfin un semblant de date.
Plus que deux séances de chimio, et après, opération.
Ça devrait m’emmener vers la fin octobre.
Le mois de septembre devrait passer vite avec tous ces examens à faire.
En tout cas, je commence à en voir le bout…
Bon Dieu, que ça fait du bien.
  • Je tiens le bon bout
C’est bien ça.
Rétablissement de la continuité prévue pour le 19 octobre.
Rentrée à la clinique le 18.
Une semaine d’hospitalisation, du repos, je sais pas combien de temps.
J’aimerais reprendre le boulot début novembre.
Mais ça va faire short.
C’est bizarre, mais il me manque le boulot.
La santé, le travail, la vie de famille, y a que ça de vrai.
Un truc pareil, ça te remet les choses à leur vrai place.
Bon dieu, c’est quand même dingue ce qu’il font en médecine, maintenant.
J’ai pris un ticket pour du rabiot de vie.
J’ai eu la chance d’y avoir droit, à ce ticket.
Je suis reparti pour un petit tour… pour combien de temps ?
Je devrais pas avoir des pensées comme celle là.
Mais c’est ma crainte, de repiquer au truc, coté prostate, poumons, je ne sais moi…
Bon, pour l’instant, tout va bien, vivons le présent, c’est bien suffisant.
Tout de même, presque un an sans rien foutre.
Ca m’était jamais arrivé.
La reprise du boulot va me faire tout bizarre.
Il va peut-être y avoir un gus dans mon bureau.
« Bonjour Mr Dralet, vous êtes muté aux archives … Soyez le bien revenu. »
De toute façon, il me reste 3 ans à faire.
J’aimerais quand même les finir bien.
Demain, scanner pour vérifier le « nouveau rectum ».
Et samedi, lavement pour voir si y a des fuites.
Je suis confiant, j’en ai déjà passé un au mois de juin, tout était OK.
Jeudi et vendredi, chimio.
Une semaine bien chargée.
  • Réflexions à la con
Ouf, j’ai terminé mes examens.
Tout est nickel.
Donc, plus de poche à partir du 19 octobre.
J’en ai vraiment marre de me balader toujours avec mon paquet de merde sur le ventre.
C’est pénible, tu peux pas savoir.
T’as beau la vider régulièrement, t’en a toujours dedans.
Vraiment traumatisant.
En fin de compte, c’est elle qui me pèse le plus, si je puis dire.
Je sais pas comment vivent les gens qu’ils l’ont à perpète.
Ouais enfin, il y a des gens en chaise roulante, c’est bien pire.
Il y a toujours pire que soi.
Une poche, c’est vraiment que dalle par rapport.
Restons positif.
Il est vraiment sympa mon chirurgien.
Je l’aime bien.
Je les admire ces mecs.
Il te sauve la vie, comme ça, parce que c’est leur boulot.
Quand je pense qu’il y en a qui se la pète parce qu’ils tapent dans un ballon, ou bien parce qu’il font du cinéma …
Tiens, c’est comme les actus de ce soir, sur l’A2.
Ils te montrent un mec pété de tune qui viens de s’acheter une bagnole de 4 millions de dollars…
Et l’autre là, la bonne femme idem qui s’est envoyée en l’air (avec la fusée) pour je ne sais combien de millions de dollars aussi…
Et pendant ce temps là, il y a les 3/4 de la planète qui n’ont rien à bouffer.
Et les gens comme nous, qui culpabilisent parce qu’on a l’assiette pleine tous les jours.
Que faire contre tout ce merdier ?
C’est comme la politique.
Tu te rends compte si au deuxième tour, tu te retrouves avec Sarko et Le Pen !!!
Qu’est-ce qu’il faudra faire ?
Aller à la pêche le jour du vote ?
Bon, je m’arrête là, sinon, une cigarette mal roulée, une chanson de Tino Rossi, et je vais me flinguer.
  • Fin des traitements
Voilà, je viens de terminer ma chimio.
Prochaine étape, la poche.
Comme je l’ai déjà dit, je vais y aller en courant.
J’aurai aimé reprendre le boulot début novembre, mais ça va faire short.
Je vais quand même essayer.
Mon toubib n’est pas pour.
Bon, il me reste à attendre le 18 octobre, jour de ma rentrée à l’hosto.

OCTOBRE 2006 :

  • La dernière ligne droite
Ça y est, c’est la dernière ligne droite.
On me vire la poche.
J’aurai pas mal fantasmé sur cette foutue poche.
J’en ai quand même marre d’avoir le trou du cul sur le ventre.
Mais bon, ça se termine…
J’ai vu mon toubib, la généraliste.
Elle m’a arrêté jusqu’à fin novembre, malgré mes protestations.
Et de plus, elle me fait reprendre à mi-temps.
Je me connais, quand même.
Je pense savoir que je pourrais tenir le coup.
Je n’ai pas un boulot physique, mais elle n’a rien voulu savoir.
Mais elle m’a dit que je pourrais modifier ce planning, si je me sentais en forme.
De toute façon, je vais gagner 15 jours à tout casser, est-ce que ça en vaut la peine ?
Bon, je vous dis à dans une semaine.
J’espère ne pas faire de rab, comme la 1ère fois.
Mais non…
  • Me revoilà normal
Ça y est, plus de poche.
Quel plaisir.
Une semaine que je suis resté à l’hosto.
Comme l’avait dit le chirurgien.
Encore une fois, je lui tire mon chapeau à ce monsieur.
Et puis, quelle gentillesse.
Je sors demain.
C’est ma petite femme qui va venir me chercher.
Là aussi, quelle chance de l’avoir.
Toujours à mes cotés.
Je peux vraiment compter sur elle.
Sur la 1ère hospitalisation, heureusement qu’elle était là.
Au moment de l’occlusion, je n’étais pas très bien.
Tant au niveau physique que mental.
Toujours là.
C’est vraiment réconfortant.
J’aimerais bien savoir comment ma femme et mes enfants ont vécu cette année.
J’étais à la maison, certes, mais absent quand même.
De par mon incapacité à faire quoi que ce soit.

NOVEMBRE 2006: 

  • La reprise du transit
Tu parles d’une reprise.
Je passe ma vie aux toilettes.
Et bien sûr, j’ai le trou du cul en feu.
Ça risque de durer un mois.
Je peux pas sortir.
Faut toujours que j’ai les toilettes à portée de mains, si je puis dire.
Je peux rien foutre à nouveau.
Je suis un peu déçu.
Je ne m’imaginais pas que ce  serait aussi pénible.
  • Des problèmes de SS
De plus, j’ai des problèmes du coté Sécurité Sociale.
J’ai des trous dans mes arrêts de travail.
Je vois pas comment, vu que ce ne sont que des prolongations.
Enfin bref, ma toubinette m’a régularisé tout ça.
Je me plaignais parce que j’étais arrêté jusqu’à fin novembre.
Mais vu la situation, je me demande si ça va être suffisant.
Bon, patientons.
Je tiens quand même le bon bout.

DÉCEMBRE 2006 :

  • Ça y est, c’est la reprise
J’ai en enfilade le chirurgien, l’oncologue et mon médecin traitant.
Pour tout le monde, c’est nickel.
Le chirurgien m’a même dit que je pouvais reprendre la course à pied tranquillement.
L’oncologue, lui veut bien sûr me revoir fin janvier avec un scanner.
Et mon toubib qui me laisse reprendre à mi-temps.
Si j’étais un peu tire au flanc, avec elle je pourrais me faire arréter encore un mois de plus.
Mais j’en ai marre, je voudrais reprendre une vie normale.
  • Que ce fut long !!!
Bon Dieu, que ce fut long.
Tu parles d’une expérience.
Quand je regarde derrière moi, j’en reviens pas d’avoir subi tout ça.
Si j’avais su avant, je ne sais pas comment j’aurais réagi.
Je ne sais pas si j’aurai eu le courage nécessaire.
Dans le fond, vaut mieux ne pas savoir.
Mon entourage me reprochait toujours de ne pas poser assez de questions.
Et bien c’est dû tout simplement à ce manque de courage, je préfère ne pas savoir ce qui m’attend.
Comme cela, je peux gérer au fur et à mesure des évènements.
Qu’est-ce que j’ai pu passer d’examens en tout genre, scanner, prise de sang, écographie, coloscopie, endoscopie, etc …
J’ai même plus de veines pour les prises de sang et les perfusions.
Mais ce qui compte, c’est le résultats final.
Et là, c’est tout bon.
C’est pour cette raison, que je veux dire aux gens qui ont ce genre de maladies, GARDER LE MORAL.
Il y a toujours une fin, plus ou moins heureuse, mais ça s’arrête un jour.
Et c’est ce qu’il faut avoir en point de mire, c’est ce jour.
Il arrive toujours.
La preuve …
  • La reprise du boulot

Ça y est, j’ai repris le boulot.

A mi-temps, certes, mais j’ai repris.
Quel bonheur, j’aurai jamais pensé que j’aimais mon boulot à ce point.
Et les gens ont été supers.
Ils ont l’air vraiment heureux de me revoir.
Je suis pourtant un vieux machin.
Ça me touche.
J’ai même reçu des mails de cadres de notre filial.
Y a pas, ça te remonte le moral, ça t’aide à en remettre un coup.
Je vais laisser passer l’année, et je vais essayer de reprendre à plein temps.
Une matinée, dans mon boulot, te permet pas d’être efficace.
J’en profite pour me remettre dans le bain.
Ça fait un drôle d’effet de me retrouver dans mon bureau.
J’en arriverai presque à oublier que j’ai été malade.
T’as vu, j’ai employé le passé ?
Pour l’instant, je m’en tire super bien.
A part encore quelques problèmes de transit.
Je me sens bien, très bien… pourvu que ça dure… comme dirait Lafesse.

JANVIER 2007:

  • Le jogging
Je viens de reprendre à temps plein.
Ça me fait du bien, j’ai plus l’impression d’être malade, je travaille comme tout le monde.
C’est vraiment dans la tête.
J’ai même repris la course à pied.
Putain que c’est dur.
Je fais à peine 5 bornes et j’ai l’impression de faire un marathon.
Je suis crevé.
Le toubib avait raison, il m’avait prévenu.
Mais, bon j’encaisse pas trop mal.
A la fin du mois, je passe un scanner avec prise de sang.
Si tout est OK, il me vire la « chambre ».
Encore le billard.

Pour marque-pages : Permaliens.

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