Un lipogramme

Extrait du journal Fakir de François Ruffin :

Vous connaissez le lipogramme ? Avec cette figure de style, on écrit tout un texte en bannissant une lettre, ou un mot. Ainsi de Georges Perec qui, dans son roman, La Disparition, n’utilise pas un « e », trois cents pages sans un « e ».
Le président, son gouvernement, en sont des champions, dans leur genre, des professionnels du « lipogramme ».

Qu’on prenne la crise de l’énergie, la flambée du pétrole avec, titre Les Échos, ce : « Record battu. Le litre de gazole n’a jamais été aussi cher en France. »
Les ronds-points se sont réveillés. Le Premier ministre, celui de l’Économie, tous les autres à la file, ont pris la parole. Ils ont même lâché cent euros aux Français. Mais sans jamais prononcer, pas une seule fois, le mot : « Total ».

Total qui, d’après la presse, « cartonne : bénéfice net multiplié par 23 ! » Total qui « profite à plein de la flambée historique des hydrocarbures. » Total, dont le cours de Bourse grimpe de 20 % en un mois. Total qui verse 8 milliards de dividendes à ses actionnaires – soit près de 300 € par foyer français. Bref, Total qui se gave. Mais à aucun moment, Macron, Castex, Le Maire etc. ne se sont dit : « on va taxer Total ». Où : « Total doit baisser le prix de l’essence. » Où : « Total va payer les trois milliards de chèque carburant. » Tout ça, ça ne leur vient pas à l’esprit. Ou alors, à l’esprit peut-être, mais pas jusqu’à la bouche, en tout cas, une bouche cousue. Silence, sur Total. Motus sur les firmes, sur leurs PDG. Les tireurs de ficelles doivent demeurer dans l’ombre.

De même, autre flambée, celle des fortunes. En une année de crise sanitaire, alors que les étudiants faisaient la queue pour un colis alimentaire, alors que les soignants s’enroulaient dans des sacs plastiques, alors que les familles pleuraient leurs morts, en une année de crise sanitaire, donc, les milliardaires français ont vu leur fortune grimper de combien ? Vous le savez, maintenant, vous, lecteurs de Fakir, vous l’avez collé en gros sur votre frigo, vous avez diffusé l’info dans les vestiaires de votre club de foot, ou sur les tapis de la salle polyvalente où y a yoga : les milliardaires ont fait +68 %. +68 % en un an. 300 milliards de patrimoine en plus. Et le CAC qui atteint son Himalaya, au-delà des 7000 points.

Ont-ils proposé une fois, pour financer l’hôpital par exemple, pour le sauver, une taxe sur les profiteurs de cette crise ? Un impôt spécial Amazon ? Que les super-riches se vident un peu les poches ? Jamais. Mais ces mots, de « milliardaires », de « fortunes », de « riches », même d’« actionnaires », ces mots n’existent pas dans leur dictionnaire. Ils sont bannis. On risquerait de les fâcher, rien qu’à les nommer. Un peu comme Voldemort dans Harry Potter, Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.
Ces 68 %, pourtant, ces 7000 points, c’est énorme, colossal, gigantesque. C’est gros comme une vache au milieu du couloir. Mais justement, ils ne veulent pas la voir.

Cet évitement vire parfois au comique. Un soir, en février dernier, en Commission, on auditionnait Bruno Le Maire, ministre de l’Economie. Mon collègue communiste Sébastien Jumel l’interroge alors sur – je le cite – « le scandale Open Lux. Comment 15 000 de nos concitoyens peuvent permettre à 4 % du PIB d’échapper à l’impôt en plaçant leurs actifs dans des sociétés offshores au Luxembourg ? Monsieur le ministre allez-vous mettre fin au scandale du Luxembourg ? ». Dans ses réponses groupées, le ministre « oublie » la question.
Alors, Sébastien insiste : « Mais sur le Luxembourg, monsieur le ministre ? ». Il lui répond : « Euh, vous pourriez me préciser la question… », genre Stéphanie de Monaco dans Les Inconnus, vraiment. Sébastien répète donc, calmement. Le ministre lâche juste : « Je vais vérifier toutes ces informations. Ça ne me pose pas de difficulté de les vérifier, mais là j’ai pas de réponse précise pour le moment, mais je prends note et je vérifierai tout cela, évidemment. ». C’est surréaliste.

Ce scandale, les OpenLux, s’étale à la Une de tous les journaux. Les grandes familles françaises, les Mulliez, les Arnault, les Hermès, sont cités. Notre pays est volé de 4 % de son PIB. Seul un homme l’ignore, veut l’ignorer. Lui. Le ministre de l’Économie : « Ah bon, de la fraude fiscale, où ça ? » Et depuis ? Neuf mois se sont écoulés, a-t-il vérifié ces informations ? Devant ce braquage géant, quelles investigations a-t-il menées ? Combien de perquisitions, combien de gardes à vue ? Il devrait être le chef de la police économique. Qu’il y ait des règles, des limites pour tous. Même pour les grandes familles, même pour leurs firmes. La vérité, c’est que, à la place de nous protéger, de protéger notre pays, ils en sont les complices, les complices de ces bandits en costume.


Le quinquennat de Macron

Une belle synthèse du quinquennat de Macron :

D’après les sondages, Macron aurait 23% d’intentions de votes. J’en déduis donc qu’il y a 23% de riches et d’ultra-riches en France. Mais le problème n’est pas qu’il « engraisse » sa caste, mais qu’il met sur la paille le reste des françaises et des français.

Et dire que c’est lui qui va repasser.

Vive la rentrée

Il ne faut pas que la crise de la Covid-19 nous fasse oublier de quel côté se trouve Macron, son appartenance, sa politique. Certes, cette crise est difficile à gérer, mais rappelez-vous, François Ruffin écrivait en 2018 : « Depuis votre entrée à l’Elysée, vous menez une politique injuste, si manifestement injuste [] car il fallait oser : supprimer l’impôt de solidarité sur la fortune, et en même temps, en même temps, relever la CSG pour les retraités, gratter cinq euros sur les APL des locataires, éliminer 200 000 contrats aidés ? C’est si excessif, tellement abusif : ça ne touche pas qu’au porte-monnaie, au « pouvoir d’achat », l’orgueil d’un peuple en est blessé, son honneur : on se moque de lui, son propre chef de l’Etat se moque de lui. Et à cette injustice, à cette évidence de l’injustice, comme on jette du sel sur une plaie, vous ajoutez l’arrogance de l’injustice, à grand renfort de « gens qui ne sont rien », de « feignants », de « Gaulois réfractaires », de « vous n’avez qu’à traverser la rue » et autres « pognon de dingue », comme des provocations renouvelées ».

Contrairement à ce que les sondages pourraient laisser croire, Macron n’a pas changé. Il gouverne toujours pours sa caste. François Ruffin poursuivait : « C’est celle d’une classe qui s’est coupée du monde commun, qui s’est détachée de la nation. C’est celle d’une caste qui a vu sa fortune multipliée par sept en vingt ans, et qui néanmoins défiscalise, optimise, paradise, panamise, caïmanise, qui relègue l’intérêt général derrière celui des multinationales, qui cumule rachats d’actions, dividendes, golden parachutes et aux autres stock-options, et qui, en même temps, en même temps, sans honte, s’en va prôner au peuple des salariés, des retraités, de se serrer la ceinture, de faire des sacrifices. Bref, c’est celle d’une élite qui se place au-dessus de l’humanité, de ses lois, sur un Olympe pour nantis et qui se croit tout permis ». Ceci est toujours valable aujourd’hui, si l’on se réfère aux décisions prônées par le Médef au gouvernement à leur réunion de l’hippodrome de Longchamp.

Je pense que la rentrée va être terrible pour nous (voir toutes les augmentations qui entrent en vigueur) car il va bien falloir rembourser toutes les aides qui ont eu lieu pour la Covid, je ne pense pas que Macron fasse appel à ses amis nantis pour éponger cette dette.

Le plus inquiétant, c’est qu’il risque de repasser pour 2022 au vu de la zizanie qui règne aussi bien à droite qu’à gauche.

Non, la rentrée et les années à venir vont être terribles, sans oublier la Covid !!!

Les régionales & départementales

67% d’abstentions. Record battu. (Je tiens à préciser que je ne fais pas parti de ce pourcentage).

Et les politiques qui ont du mal à comprendre ce désamour pour les élections.

Mais quand tu vois que des « lascars » comme Valls et Huchon, de soi-disant anciens socialistes, parti de gauche à l’origine, soutenir Pécresse, comment voulez-vous que ce genre de comportement motive les électeurs ? Des politiques qui ne cessent de retourner leur veste, qui naviguent d’un parti à l’autre, à la recherche d’une bonne place très bien rémunérée, avec une bonne retraite à la sortie.

Non, mesdames et messieurs les politiques, vous n’êtes plus crédibles, alors voilà le résultat !